# Les Petites Antilles : pourquoi la Guadeloupe occupe une position stratégique ?
Au cœur de l’arc caribéen, entre les eaux turquoise de la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique, la Guadeloupe ne se résume pas à ses plages paradisiaques et à son patrimoine naturel exceptionnel. Ce département français d’outre-mer occupe une position géostratégique majeure qui en fait un acteur incontournable de la région. Située à la croisée des flux maritimes, commerciaux et diplomatiques qui relient l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, la Guadeloupe constitue un véritable pivot dans les Petites Antilles. Son positionnement géographique unique, combiné à des infrastructures modernes et à son statut de région ultrapériphérique européenne, confère à l’archipel un rôle essentiel dans la sécurité maritime, les échanges économiques régionaux et le rayonnement français dans les Amériques. Cette importance stratégique mérite d’être explorée dans toutes ses dimensions pour comprendre pourquoi la Guadeloupe représente bien plus qu’une simple destination tropicale.
La position géographique de la guadeloupe au cœur de l’arc antillais caribéen
L’archipel guadeloupéen se situe au centre géographique des Petites Antilles, à mi-chemin entre Porto Rico au nord et la Trinité-et-Tobago au sud. Cette localisation centrale confère à la Guadeloupe un avantage considérable pour surveiller et contrôler les flux maritimes dans toute la région caribéenne. Avec une superficie totale de 1 628 km², l’archipel se compose de plusieurs îles qui forment autant de points d’observation et d’intervention stratégiques. Vous pouvez constater que cette disposition géographique n’est pas le fruit du hasard : elle résulte de millions d’années d’activité volcanique et tectonique qui ont façonné les Petites Antilles en arc insulaire particulièrement étendu.
Le carrefour maritime entre dominique, martinique et Antigua-et-Barbuda
La Guadeloupe constitue un point de passage obligé pour les navires circulant entre les îles du nord et du sud de l’arc antillais. Au nord, Antigua-et-Barbuda se trouve à environ 100 kilomètres, tandis qu’au sud, la Dominique n’est distante que de 40 kilomètres et la Martinique de 120 kilomètres. Cette proximité avec plusieurs nations indépendantes fait de la Guadeloupe un hub naturel pour les échanges inter-îles. Les détroits entre ces îles sont empruntés quotidiennement par des centaines de navires commerciaux, de bateaux de pêche et de yachts de plaisance.
Cette situation centrale vous permet de comprendre pourquoi la Guadeloupe joue un rôle de premier plan dans la coordination régionale. Les courants maritimes qui traversent ces passages sont également surveillés de près, car ils constituent des routes privilégiées pour les trafics illicites de drogue et d’armes. La surveillance de ces espaces maritimes représente donc un enjeu sécuritaire majeur pour l’ensemble de la région caribéenne.
La zone économique exclusive (ZEE) guadeloupéenne et ses 90 000 km²
La Guadeloupe dispose d’une zone économique exclusive (ZEE) d’environ 90 000 km², soit près de 55 fois la superficie terrestre de l’archipel. Cette immense étendue maritime confère à la France des droits souverains pour l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles, qu’elles soient biologiques ou minérales. Les eaux territoriales guadeloupéennes abrit
p>ent une biodiversité marine exceptionnelle : poissons pélagiques, crustacés, coraux, mais aussi ressources halieutiques stratégiques pour l’alimentation et l’économie locales. Pour la France, cette ZEE guadeloupéenne s’inscrit dans un ensemble plus vaste de zones maritimes ultramarines qui placent le pays au deuxième rang mondial par la surface de son espace maritime. Vous comprenez ainsi que la Guadeloupe n’est pas seulement un territoire insulaire : c’est aussi un vaste espace océanique à défendre, à gérer et à valoriser.
Au-delà de la pêche, ces 90 000 km² offrent un potentiel considérable pour la recherche scientifique, les énergies marines renouvelables ou encore l’exploration de ressources minérales profondes. La maîtrise de cet espace implique une surveillance continue, des accords de coopération avec les pays voisins et une présence navale adaptée. La ZEE guadeloupéenne fait donc de l’archipel un enjeu majeur de souveraineté pour la France dans les Petites Antilles.
L’archipel de la guadeloupe : Basse-Terre, Grande-Terre, Marie-Galante et les saintes
La position stratégique de la Guadeloupe tient aussi à sa morphologie d’archipel. La « Guadeloupe continentale » forme un papillon avec deux ailes distinctes : Basse-Terre à l’ouest, volcanique et montagneuse, et Grande-Terre à l’est, calcaire et bordée de lagons. Autour de ce noyau principal gravitent Marie-Galante, les Saintes et La Désirade, autant d’îles qui étendent l’emprise maritime de la France au cœur des Petites Antilles. Cet ensemble multi-insulaire permet de répartir les fonctions économiques, touristiques et militaires sur plusieurs points d’appui complémentaires.
Basse-Terre concentre les fonctions politiques et administratives, avec la préfecture et de nombreux services de l’État. Grande-Terre, plus plate et mieux adaptée aux infrastructures, accueille le principal pôle économique et logistique autour de Pointe-à-Pitre et de la zone industrielle de Jarry. Marie-Galante, les Saintes et La Désirade jouent un rôle touristique et halieutique, tout en servant de relais avancés pour la surveillance maritime et la présence française. Vous pouvez voir cet archipel comme un réseau de « capteurs » disséminés dans la mer des Caraïbes, capables de couvrir un large champ d’action.
La distance stratégique avec porto rico et les îles vierges américaines
Située à environ 600 kilomètres à l’est de Porto Rico et des îles Vierges américaines, la Guadeloupe occupe une zone charnière entre les possessions américaines du nord de la Caraïbe et les États caribéens indépendants plus au sud. Cette distance relativement courte en fait un point d’observation privilégié sur les grands couloirs maritimes qui mènent vers le détroit de Floride, le canal de Panama ou la façade atlantique de l’Amérique du Nord. Pour la France, disposer d’un tel relais au milieu de ces routes revient, en quelque sorte, à avoir un « balcon avancé » sur l’hémisphère occidental.
Dans un contexte où les enjeux de sécurité, de migration et de trafic de stupéfiants se jouent à l’échelle régionale, cette proximité avec Porto Rico et les îles Vierges américaines favorise également la coopération avec les États-Unis. Des opérations conjointes de lutte contre les trafics, des échanges d’informations et des exercices navals ou aériens réguliers renforcent ce rôle. Pour vous, cela signifie que la Guadeloupe n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un maillage de puissances régionales où chaque île joue sa partition géostratégique.
Le pôle économique et commercial de la région caraïbe orientale
Le port de Pointe-à-Pitre-Jarry : plateforme logistique régionale
Si l’on s’intéresse à la place économique de la Guadeloupe dans les Petites Antilles, le port autonome de Pointe-à-Pitre-Jarry apparaît comme une pièce maîtresse. Situé à l’entrée de la baie de Pointe-à-Pitre, au cœur de la Grande-Terre, il est l’un des ports les plus importants de la Caraïbe orientale. Il traite chaque année plusieurs millions de tonnes de marchandises, à la fois pour l’approvisionnement de l’archipel et pour le transbordement vers d’autres îles de la région. Vous pouvez le voir comme un « rond-point » logistique où convergent les flux de conteneurs, de vracs et de produits pétroliers.
Grâce à ses terminaux modernes, à ses zones d’entreposage et à sa connexion directe avec la zone industrielle de Jarry, le port de Pointe-à-Pitre-Jarry constitue un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement caribéennes. Il permet à la Guadeloupe d’importer la majorité de ses biens de consommation, mais aussi de réexporter des produits transformés, notamment agricoles ou industriels. Pour les entreprises régionales, cette plateforme offre un accès sécurisé au marché européen via la France, ce qui renforce l’attractivité de l’archipel comme base d’implantation dans les Petites Antilles.
L’aéroport pôle caraïbes et les liaisons inter-îles avec air antilles et air caraïbes
Complément indispensable du port, l’aéroport Pôle Caraïbes, situé aux Abymes, est le principal hub aérien de la Guadeloupe et l’un des plus fréquentés d’outre-mer. Avec plus de deux millions de passagers par an avant la crise sanitaire, il assure des liaisons régulières avec la métropole, l’Amérique du Nord, mais aussi avec de nombreuses îles voisines : Martinique, Saint-Martin, Sainte-Lucie, Dominique, Antigua, etc. Les compagnies régionales comme Air Antilles et Air Caraïbes jouent un rôle clé dans cette connectivité inter-îles.
En pratique, cela signifie que la Guadeloupe fonctionne comme une véritable « plaque tournante » aérienne dans les Petites Antilles. Vous pouvez arriver de Paris, Montréal ou Miami, puis rayonner facilement vers d’autres territoires caribéens depuis Pôle Caraïbes. Pour les entreprises, cette densité de liaisons permet d’organiser des flux de marchandises à haute valeur ajoutée, de développer le tourisme d’affaires ou médical et de renforcer les synergies avec les îles voisines. Dans une région où les distances maritimes sont courtes mais les liaisons aériennes parfois rares, la Guadeloupe tire ainsi son épingle du jeu.
La zone franche industrielle de jarry et les flux commerciaux transfrontaliers
Adossée au port de Pointe-à-Pitre, la zone industrielle et commerciale de Jarry est l’une des plus grandes zones d’activités de France. Elle concentre des centaines d’entreprises dans la logistique, l’agroalimentaire, la distribution, l’industrie légère et les services. Une partie de ce territoire bénéficie de dispositifs fiscaux avantageux, proches d’une zone franche, qui visent à encourager l’investissement productif et les échanges régionaux. Jarry est ainsi devenue un centre névralgique des flux commerciaux transfrontaliers dans la Caraïbe orientale.
Concrètement, des marchandises importées depuis l’Europe ou l’Amérique du Nord peuvent être stockées, transformées ou reconditionnées à Jarry avant d’être redistribuées dans les îles voisines. C’est un peu l’équivalent, à l’échelle caribéenne, de ce que représentent les grandes zones logistiques européennes pour le commerce intra-UE. Pour les acteurs économiques, cette position offre des opportunités de développement régional, à condition toutefois de surmonter certains freins structurels comme la vie chère, le coût de l’énergie ou la concurrence des autres hubs caribéens.
Le réseau bancaire régional avec la BRED et la banque des antilles françaises
La fonction de pôle économique de la Guadeloupe se traduit aussi par la présence d’un réseau bancaire structuré, tourné vers la Caraïbe. Des établissements comme la BRED ou la Banque des Antilles Françaises (BAF) disposent de sièges ou de directions régionales à Pointe-à-Pitre, d’où ils pilotent des activités dans plusieurs îles voisines. Cette densité de services financiers favorise le financement du commerce régional, des investissements touristiques ou industriels, mais aussi des projets d’infrastructures.
Pour les entreprises implantées en Guadeloupe, cet environnement bancaire constitue un atout : elles peuvent bénéficier de produits adaptés à la réalité ultramarine, tout en accédant à la solidité du système financier français et européen. Pour les partenaires caribéens, travailler avec des banques basées en Guadeloupe offre souvent un gage de sécurité juridique et monétaire, notamment grâce à l’ancrage dans la zone euro. Vous voyez ainsi comment l’archipel joue aussi un rôle de passerelle financière entre les économies régionales et les marchés internationaux.
Le hub administratif et institutionnel français dans les antilles
Le statut de région ultrapériphérique de l’union européenne et ses implications
Sur le plan institutionnel, la Guadeloupe cumule plusieurs statuts qui renforcent son importance stratégique. Elle est à la fois un département et une région d’outre-mer (DROM), mais aussi une région ultrapériphérique (RUP) de l’Union européenne. Ce statut de RUP signifie que, bien qu’éloignée géographiquement, la Guadeloupe fait pleinement partie de l’UE et de la zone euro, tout en bénéficiant de mesures spécifiques d’adaptation des politiques européennes. Pour vous, cela se traduit par un cadre juridique et financier particulier, à la fois protecteur et exigeant.
Les fonds européens (FEDER, FEADER, FSE, etc.) investis en Guadeloupe soutiennent des projets d’infrastructures, de transition énergétique, d’innovation ou de formation. Dans les Petites Antilles, peu de territoires disposent d’un tel niveau d’intégration à l’UE, ce qui place la Guadeloupe dans une position singulière. Elle peut servir de « vitrine » de l’Europe dans la Caraïbe et de relais pour des programmes de coopération régionale. Mais ce statut suppose aussi de relever des défis : comment concilier normes européennes et réalités économiques locales ? Comment éviter que les aides ne renforcent la dépendance plutôt qu’un développement autonome ?
Le centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre comme référence médicale caribéenne
Autre pilier du rôle de hub régional : le système de santé. Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre/Abymes est l’un des établissements hospitaliers les plus importants de la Caraïbe francophone. Il dispose de services spécialisés, de plateaux techniques modernes et d’équipes formées selon les standards de la médecine française. De nombreux patients de la région, notamment en provenance des îles voisines plus petites ou moins dotées, y sont pris en charge pour des pathologies nécessitant un haut niveau de technicité.
À l’échelle des Petites Antilles, le CHU de la Guadeloupe joue ainsi un rôle de référence médicale, en particulier pour certaines spécialités comme la néonatalogie, la cancérologie ou la chirurgie lourde. Pour les autorités françaises, cet établissement est aussi un outil de « diplomatie sanitaire », en renforçant les liens avec les pays et territoires voisins. Vous pouvez voir ce CHU comme un pont entre les systèmes de santé caribéens et le modèle hospitalier français, tout en étant confronté à ses propres défis de modernisation et de ressources humaines.
L’université des antilles et le rayonnement académique francophone
Sur le plan académique, l’Université des Antilles, implantée en Guadeloupe et en Martinique, constitue un autre vecteur de rayonnement régional. Le campus de Fouillole, à Pointe-à-Pitre, accueille des formations en droit, économie, sciences, lettres, langues et sciences humaines, ainsi que des unités de recherche tournées vers les enjeux caribéens : risques naturels, biodiversité, sciences sociales, économie insulaire, etc. Pour de nombreux étudiants de la Caraïbe francophone, l’Université des Antilles représente une porte d’entrée vers l’enseignement supérieur européen sans quitter la région.
Au-delà de l’offre de formation, l’université participe à des réseaux de coopération avec d’autres établissements caribéens, latino-américains et nord-américains. Des programmes d’échanges, des colloques et des projets de recherche communs contribuent à positionner la Guadeloupe comme un carrefour intellectuel et scientifique dans les Petites Antilles. Si vous envisagez la Caraïbe comme un espace d’idées et non seulement de flux touristiques, la Guadeloupe y occupe déjà une place visible, même si ce potentiel reste encore sous-exploité.
La surveillance maritime et la sécurité dans le bassin caraïbe
Les forces armées aux antilles (FAA) et la base navale de Pointe-à-Pitre
La dimension stratégique de la Guadeloupe serait incomplète sans évoquer la présence militaire française. Les Forces armées aux Antilles (FAA), basées principalement en Martinique et en Guadeloupe, assurent des missions de souveraineté, de surveillance maritime et de secours dans une vaste zone couvrant la mer des Caraïbes et l’Atlantique ouest. La base navale de Pointe-à-Pitre sert de point d’appui pour des patrouilleurs, des vedettes et des moyens logistiques impliqués dans ces opérations.
Dans un espace où transitent des flux massifs de marchandises, mais aussi de stupéfiants et d’armes, cette présence navale est essentielle. Les unités stationnées en Guadeloupe participent régulièrement à des opérations de lutte contre les trafics illicites, en coopération avec les garde-côtes des pays voisins et les forces américaines. Vous pouvez considérer la Guadeloupe comme l’un des « postes avancés » de la France et de l’Union européenne dans la lutte contre les menaces transnationales qui touchent les Petites Antilles.
Le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Antilles-Guyane
Au-delà des moyens militaires, la France dispose également en Guadeloupe d’un outil clé pour la sécurité maritime : le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Antilles-Guyane. Basé à Fort-de-France mais opérant sur un périmètre qui englobe la Guadeloupe, ce centre coordonne les opérations de recherche et de sauvetage en mer, la surveillance des pollutions et la régulation du trafic maritime. Les moyens déployés depuis la Guadeloupe (hélicoptères, navires, moyens aériens) sont mobilisés sous sa coordination.
Que se passe-t-il lorsqu’un navire est en détresse entre la Guadeloupe et la Dominique, ou lorsqu’un yacht signale un incendie au large de Marie-Galante ? Le CROSS reçoit l’alerte, évalue la situation et déclenche les moyens les plus adaptés, souvent en lien avec les forces basées en Guadeloupe. Ce dispositif illustre bien la manière dont l’archipel s’insère dans un système régional de sécurité maritime, où la rapidité d’intervention peut faire la différence entre un incident maîtrisé et une catastrophe.
La lutte contre les trafics illicites via le canal de la guadeloupe
Parmi les points sensibles en matière de sécurité, le canal de la Guadeloupe – bras de mer qui sépare Basse-Terre de Grande-Terre – et les couloirs maritimes environnants sont réputés pour être utilisés par les trafiquants. La région se situe en effet sur l’une des grandes routes de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud vers l’Europe, avec des flux qui transitent par la mer des Caraïbes avant de remonter vers l’Atlantique nord. Les go-fast, voiliers et cargos suspects sont régulièrement interceptés dans les eaux proches de la Guadeloupe.
La lutte contre ces trafics mobilise conjointement douanes, gendarmerie maritime, FAA et services de renseignement, souvent en coopération avec des partenaires étrangers. Pour la France et l’Union européenne, sécuriser ces routes maritimes au niveau des Petites Antilles, c’est aussi protéger leurs propres frontières. Vous voyez donc que la Guadeloupe, loin d’être un simple décor de carte postale, se trouve au cœur d’enjeux de sécurité majeurs qui dépassent largement son périmètre insulaire.
Le réseau de connectivité numérique et énergétique stratégique
Les câbles sous-marins ECFS et Americas-II reliant la guadeloupe aux continents
À l’ère du numérique, la puissance d’un territoire se mesure aussi à sa connectivité. La Guadeloupe est reliée aux continents américain et européen par plusieurs câbles sous-marins à fibre optique, dont ECFS (Eastern Caribbean Fiber System) et Americas-II. Ces infrastructures, véritable « autoroutes de l’information », assurent le transit de données à haut débit entre l’archipel, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud et l’Europe. Sans elles, pas d’Internet haut débit fiable, pas de services cloud performants, pas d’économie numérique dynamique.
En étant un point de raccordement de ces câbles, la Guadeloupe occupe une position stratégique dans l’architecture numérique de la Caraïbe orientale. Pour les entreprises comme pour les administrations, cela garantit une continuité de service essentielle, notamment en matière de santé, d’éducation ou de finance. À terme, cette connectivité pourrait favoriser l’implantation de centres de données, de services numériques délocalisés ou de plateformes de e-commerce tournées vers la Caraïbe. Pour vous, cela signifie que l’archipel ne se contente pas d’être un pont maritime : il devient aussi un nœud de communication numérique dans les Petites Antilles.
La centrale géothermique de bouillante et l’autonomie énergétique régionale
Sur le plan énergétique, la Guadeloupe se distingue par un atout rare dans la région : la centrale géothermique de Bouillante, située sur la côte ouest de Basse-Terre. Exploitant la chaleur du sous-sol volcanique, cette installation produit une part significative de l’électricité de l’île à partir d’une énergie renouvelable locale. Dans un contexte où la plupart des îles caribéennes dépendent encore massivement des importations de fioul pour produire leur électricité, cette ressource géothermique constitue un élément stratégique.
La centrale de Bouillante fait de la Guadeloupe un laboratoire de la transition énergétique dans les Petites Antilles. Elle illustre la manière dont un territoire volcanique peut transformer un risque (l’activité sismique) en opportunité (une source d’énergie stable et décarbonée). À plus long terme, certains scénarios envisagent même une exportation d’électricité ou de savoir-faire vers les îles voisines. Vous pouvez voir ici une analogie : de la même façon que les vents alizés ont permis autrefois aux navires d’atteindre les Antilles, la géothermie pourrait ouvrir une nouvelle « route » vers l’autonomie énergétique régionale.
L’interconnexion électrique avec les îles voisines via le projet caraïbes
Pour aller plus loin dans cette logique, des projets d’interconnexion électrique régionale – parfois regroupés sous le terme de « projet Caraïbes » – sont régulièrement étudiés. L’idée ? Relier par des câbles sous-marins les réseaux électriques de plusieurs îles, afin de mutualiser la production, sécuriser l’approvisionnement et intégrer davantage d’énergies renouvelables. Dans ce schéma, la Guadeloupe pourrait jouer un rôle de pivot, forte de son expérience en géothermie et de son statut de territoire français doté d’un réseau plus robuste que la moyenne régionale.
Bien sûr, ces projets se heurtent à des défis techniques, financiers et politiques : qui finance les câbles ? Qui gère les flux ? Comment harmoniser les régulations ? Mais si ces obstacles sont surmontés, la Guadeloupe pourrait devenir, à l’échelle des Petites Antilles, l’équivalent d’un « transformateur » qui redistribue l’énergie produite localement ou importée. Pour vous, cela illustre une réalité simple : la position stratégique de la Guadeloupe ne s’arrête pas aux frontières maritimes, elle s’étend aussi aux réseaux invisibles qui alimentent nos sociétés modernes.
La biodiversité marine et les ressources halieutiques de l’archipel guadeloupéen
La réserve naturelle de Petite-Terre et le sanctuaire agoa pour les mammifères marins
Enfin, la dimension stratégique de la Guadeloupe se joue aussi sur le terrain écologique. La réserve naturelle nationale de Petite-Terre, au large de La Désirade, protège un écosystème insulaire fragile : plages de nidification des tortues marines, récifs coralliens, herbiers, iguanes endémiques. Plus largement, l’archipel est inclus dans le sanctuaire Agoa, une vaste zone de protection des mammifères marins couvrant près de 140 000 km² dans les Antilles françaises. Baleines à bosse, dauphins et cachalots y trouvent un refuge relatif face aux pressions humaines.
Pourquoi est-ce stratégique ? Parce qu’à l’heure où la biodiversité marine est menacée, disposer de telles aires protégées permet à la France de peser dans les négociations internationales sur l’océan, tout en développant un écotourisme responsable. La Guadeloupe devient ainsi un « laboratoire grandeur nature » de la conciliation entre conservation et développement, dont les enseignements peuvent inspirer d’autres territoires caribéens. Pour vous, c’est aussi une invitation à repenser la notion de puissance : protéger un sanctuaire marin peut être aussi stratégique que contrôler un détroit.
Les zones de pêche hauturière et les accords CARICOM
Les 90 000 km² de ZEE guadeloupéenne recèlent des ressources halieutiques importantes, notamment en poissons pélagiques (thonidés, espadons, dorades coryphènes) et en espèces démersales. La pêche artisanale côtière reste dominante, mais la pêche hauturière, plus industrielle, représente un enjeu croissant pour la sécurité alimentaire et l’économie locale. Dans ce contexte, la Guadeloupe doit composer avec ses voisins caribéens, notamment au sein du CARICOM et d’autres cadres de coopération régionale, pour gérer durablement ces ressources partagées.
Des accords bilatéraux ou multilatéraux organisent l’accès aux zones de pêche, la lutte contre la pêche illégale et l’échange de données scientifiques. La Guadeloupe, en tant que territoire français, y intervient souvent par le biais de l’État et de l’Union européenne, ce qui peut parfois créer un décalage avec les États insulaires indépendants. La question qui se pose alors est simple : comment concilier les intérêts économiques locaux, la protection des stocks halieutiques et la diplomatie régionale dans les Petites Antilles ?
Le parc national de la guadeloupe et la préservation des écosystèmes volcaniques
Au-delà de la mer, la Guadeloupe abrite également un joyau terrestre : le parc national de la Guadeloupe, qui couvre une grande partie de la Basse-Terre. Forêts tropicales humides, rivières, chutes d’eau et le massif volcanique de la Soufrière en font un espace de grande valeur écologique. Classé réserve de biosphère par l’UNESCO, ce parc constitue un réservoir de biodiversité, mais aussi un bouclier naturel contre les risques climatiques (glissements de terrain, crues, érosion).
Dans une perspective géostratégique, la préservation de ces écosystèmes volcaniques participe à la résilience du territoire face aux aléas naturels, fréquents dans les Petites Antilles : cyclones, séismes, éruptions. C’est un peu comme renforcer les fondations d’une maison située en zone sismique : ce qui se passe à l’intérieur des terres conditionne la solidité de l’ensemble. En protégeant ses forêts, ses sols et ses sources, la Guadeloupe sécurise aussi ses ressources en eau potable, son attractivité touristique et, à terme, sa capacité à rester un pivot stable dans un environnement caribéen soumis à de fortes tensions climatiques et économiques.